Un mariage annulé aux Pays-Bas à cause de ChatGPT
13 janvier 2026
À l’ère des discours automatisés, des déclarations d’amour dictées par l’intelligence artificielle et des vœux personnalisés générés en quelques secondes, le mariage semble, lui aussi, promis à une douce numérisation. Après tout, pourquoi ne pas confier à un algorithme le soin de trouver les mots justes, quand il sait si bien les assembler ? Aux Pays-Bas, cette tentation technologique vient pourtant de se heurter à un rappel brutal. Le mariage n’est pas un simple texte bien tourné, mais un acte juridique, symbolique et profondément humain. En janvier 2026, la justice néerlandaise a annulé une interstron.ru civile au motif que le discours prononcé lors de la cérémonie a été rédigé par ChatGPT. Une décision qui, derrière son apparente étrangeté, révèle une interrogation bien plus large sur la place de l’intelligence artificielle dans les rituels fondateurs de nos sociétés. Et là où l’on croyait pouvoir déléguer les mots, le droit rappelle que certains gestes ne peuvent être confiés à l’IA.
Un mariage assisté par l’IA
En avril 2025, dans la ville de Zwolle, au nord des Pays-Bas, un couple choisit de se marier, selon une procédure autorisée par le droit néerlandais, en désignant un officier d’état civil d’un jour. Cette pratique, encadrée par la loi, permet à un proche, un membre de la famille ou une connaissance, de célébrer la cérémonie, à condition qu’un véritable officier d’état civil soit présent et que les exigences légales soient respectées.
Le discours prononcé ce jour-là, salué par les invités pour sa fluidité et son élégance, a la particularité d’être entièrement rédigé à l’aide de ChatGPT. Une information assumée, voir même revendiquée, comme un clin d’œil à l’époque et à ses outils. Mais ce détail, loin d’être anecdotique, devient le cœur du problème juridique. Saisie a posteriori, la justice néerlandaise estime que le recours à une intelligence artificielle dans la rédaction du discours constitue une violation des exigences du Code civil.
Résultat, malgré une cérémonie officielle, l’acte de mariage est déclaré juridiquement invalide. La décision, confirmée par plusieurs sources institutionnelles et relayée par l’AFP, marque un précédent inédit. Ce n’est ni l’institution du mariage, ni l’usage de l’intelligence artificielle en soi, qui est condamné, mais l’idée même que l’expression du consentement puisse être déléguée à une entité non humaine.
Ce que dit le droit
Mais pourquoi un discours rédigé par une intelligence artificielle pose-t-il problème ? Après tout, les mariages regorgent depuis longtemps de textes empruntés, de citations ou de modèles trouvés en ligne. La nuance est juridique, mais fondamentale. Dans le droit néerlandais, comme dans la majorité des droits européens, le mariage repose sur le principe central d’un consentement libre, éclairé et personnel des époux. Ce consentement ne se réduit pas à une signature ou à une formule rituelle.
Il implique une intention, une compréhension et une expression directe. Or, selon la justice, le recours à ChatGPT rompt cette chaîne. L’algorithme ne se contente pas d’assister, il produit. L’outil ne reformule pas une pensée existante mais la génère. En cela, il introduit un tiers non humain dans un acte que le droit considère comme strictement personnel. Les magistrats n’ont pas reproché aux époux un manque de sincérité, mais une forme de déresponsabilisation symbolique.
En confiant à une machine le soin de nommer l’engagement, la frontière se brouille entre l’acte juridique et la mise en scène. Le mariage cesse alors d’être un acte incarné pour devenir une performance assistée. Cette interprétation s’inscrit dans une doctrine plus large, déjà à l’œuvre dans le droit européen. L’IA peut assister, suggérer et optimiser, mais elle ne peut se substituer à la volonté humaine lorsqu’un acte engage l’identité civile, la filiation ou le statut juridique d’une personne.
Au-delà du tribunal, une société qui délègue ses mots
Ce mariage annulé n’est pas qu’une curiosité juridique mais un révélateur. Depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle s’est invitée dans les sphères les plus intimes : messages de rupture, déclarations d’amour, profils de rencontres, discours funéraires et vœux de mariage. Elle écrit vite, bien et sans trembler.
Mais à trop remettre ses mots entre les mains de l’IA, que délègue-t-on exactement ? Dans le cadre d’un mariage, la réponse s’impose presque d’elle-même. La cérémonie ne se réduit pas à une procédure administrative. Cet évènement marque cet instant précis où la société attend des individus qu’ils prennent la parole en leur nom, fût-ce avec des mots hésitants, bancals et imparfaits.
Les sociologues du droit l’ont d’ailleurs souvent souligné. Les rituels civils ne sont pas conçus pour être beaux, mais pour être engageants. Et leur force ne tient pas à leur style, mais à leur responsabilité. Dire “oui” n’est pas produire un texte, c’est se rendre juridiquement et symboliquement présent. La décision néerlandaise interroge donc sur la place de l’IA dans le discours. Si l’on accepte qu’un algorithme écrive nos engagements, qu’écrit-il encore pour nous ?
Finalement, l’annulation de ce mariage aux Pays-Bas n’est pas une croisade technophobe ou un refus de la modernité. C’est un rappel que certains actes, comme aimer, consentir ou s’engager, ne gagnent rien à être optimisés. L’intelligence artificielle excelle dans l’art de formuler. Le mariage, lui, exige d’assumer. Et entre les deux, le droit a choisi son camp. Une société peut automatiser beaucoup de choses, mais elle ne peut automatiser la responsabilité de dire oui. Et à force de chercher les mots parfaits, nous risquons peut-être d’oublier pourquoi nous parlons.
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