Maud Serpin auteur de livre érotique
20 février 2026
Maud Serpin
Dans l’imaginaire, tout est vraiment possible ?
Oui, si tant est qu’on se donne la possibilité d’imaginer librement et de laisser libre cours à sa créativité ! Cela vaut aussi pour nos imaginaires érotiques ; gardons toutefois à l’esprit que ces derniers ne sont pas neutres : ils sont influencés par notre environnement socio-culturel, notre éducation, les discours qu’on a entendus sur la sexualité, nos valeurs et nos croyances…
Pensez-vous que pour les femmes, il y ait plus de blocages à laisser aller leur imaginaire érotique ?
Je pense que hommes et femmes peuvent avoir grand nombre de fantasmes en commun. La différence, c’est que le monde érotique s’est pendant très longtemps adressé avant tout aux hommes : dans beaucoup de livres, de films érotiques, la femme n’était représentée (et parfois, ne l’est encore) que comme objet de désir, et non sujet. C’est assez parlant avec le script « préliminaires / pénétration / orgasme ». En tant que femmes, comment se retrouver dans ces représentations si elles ne nous conviennent pas ? Que devient notre capacité à fantasmer – et notre envie de fantasmer – quand il n’y a pas d’imaginaires collectifs que l’on trouve véritablement à son goût ?
Quelle est pour vous l’utilité du fantasme ?
Bien sûr, amener du plaisir – rappelons que le cerveau est quand même notre premier organe sexuel ! –, mais pas que ! Pour moi, il sert aussi à mieux se connaître, à savoir ce qui nous inspire, nous fait vibrer… Et si on connaît ses fantasmes, si on cultive régulièrement cet espace très intime, très personnel, cela nous sert aussi à être mieux en relation avec l’autre. Le fantasme peut devenir un vrai carburant au service du lien.
Ne pas avoir de fantasmes ? Oui, c’est possible sans doute… mais en avoir, n’est-ce pas une « richesse » pour notre vie imaginaire, un lieu totalement personnel où on peut vraiment « s’autoriser » des choses, un petit plus pour notre vie sexuelle ?
Bien sûr. Mais je pense que les personnes qui disent « ne pas avoir de fantasmes » en ont malgré tout. En tout cas, c’est ce que j’ai observé avec certaines de mes interviewées. Je pense que la définition de fantasme aujourd’hui est tellement codifiée, catégorisée, restrictive que beaucoup de personnes ne s’y retrouvent pas, et notamment les femmes. Souvent, on confond d’ailleurs le fantasme et la pratique sexuelle elle-même. La définition que je défends est beaucoup, beaucoup plus large : c’est une manifestation de notre imagination érotique dans laquelle tout est possible. Rêver à une caresse dans la nuque ou se laisser porter par la caresse du soleil sur sa peau… c’est déjà un fantasme !
Chambre privée, jardin à garder secret ou, pourquoi pas, à partager ?
Les deux sont évidemment possibles. Tout comme il n’y a pas d’injonction à fantasmer pour avoir une vie sexuelle plus épanouie, il n’y a pas non plus d’injonction à dévoiler son jardin secret pour avoir une vie sexuelle plus épanouie dans une relation. Gardons en tête qu’on peut dévoiler ce qu’on veut, et que derrière le dévoilement ne se cache pas nécessairement une demande de réalisation – on peut s’amuser avec le fantasme en se racontant simplement des histoires.
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