FAUT-IL SAUVER LE SOLDAT SPERMATOZOïDE ?
15 octobre 2025
Les gestes simples pour booster sa fertilité
Les problèmes de fertilité ont souvent été considérés comme des « affaires de femmes ». Pourtant, les chiffres sont sans appel : dans 50 % des cas d’infertilité d’un couple, un facteur masculin est impliqué. Et contrairement aux idées reçues, ce n’est pas toujours une fatalité. Alimentation, hygiène de vie, chaleur, sport, sexualité : de nombreux leviers existent pour améliorer la qualité du sperme. Tour d’horizon avec des spécialistes, des témoignages et des chiffres récents.
Une fertilité masculine en chute libre
La concentration moyenne des spermatozoïdes chez les hommes occidentaux a chuté de 51,6 % entre 1973 et 2018, selon une méta-analyse publiée dans la revue Human Reproduction Update (Levine et al., 2022). Une baisse alarmante, qui s’accélère depuis le début des années 2000.
En cause ? Perturbateurs endocriniens, tabac, sédentarité, obésité, stress chronique, mais aussi une méconnaissance générale des enjeux liés à la fertilité masculine. « Les hommes ne sont pas éduqués pour s’occuper de leur santé reproductive », alerte Virginie Rio, cofondatrice de l’association BAMP (Collectif de patients de l’Assistance Médicale à la Procréation).
« Les jeunes filles ont des rendez-vous gynécologiques dès la puberté. Mais les garçons, eux, ne consultent jamais de médecins spécialisés sur ces sujets. Résultat : ils pensent que c’est un problème qui ne les concerne pas, alors que la fertilité, c’est une affaire qui dépend des deux », déplore-t-elle.
Hygiène de vie : un facteur clé
Premier levier à activer pour optimiser sa fertilité : adopter une hygiène de vie irréprochable. Cela commence par l’alimentation.
« Mon médecin m’a expliqué que ma consommation de plats préparés, de sodas et de charcuterie industrielle avait un impact direct sur mes spermatozoïdes. J’ai supprimé tout ça et je mange bio et local depuis six mois. Et mes analyses ont montré une certaine amélioration », raconte Lucas, 32 ans, en parcours PMA avec sa compagne depuis 18 mois.
Les aliments particulièrement bénéfiques ? Les huîtres (riches en zinc), les noix (oméga-3), les céréales complètes, les légumes frais, les fruits rouges et les produits non transformés.
Mais ce n’est pas tout. Selon Virginie Rio, « l’usage de produits dopants pour la musculation, très répandu chez les jeunes hommes, est catastrophique pour la fertilité. Tout ce qui contient de la testostérone synthétique perturbe gravement la production naturelle de spermatozoïdes. »
Gare à la chaleur !
On l’oublie souvent, mais les testicules sont placés à l’extérieur du corps pour une bonne raison : ils doivent rester à une température inférieure à 37°C. Or, de nombreuses habitudes viennent perturber cet équilibre :
- Smartphone dans la poche de jean
- Bains chauds quotidiens
- Sièges chauffants en voiture
- Vêtements trop serrés
- Métiers exposés à la chaleur (chauffeurs, cuisiniers, boulangers…)
« J’étais cuisinier dans une brigade très stressante. Quand j’ai appris que la chaleur pouvait nuire à ma fertilité, j’ai songé à changer de poste pour faire un enfant. Heureusement, tout s’est finalement bien passé. », confie Romain, 39 ans, père d’une petite fille depuis un an.
Virginie Rio rappelle que la spermatogenèse se renouvelle tous les 74 jours : « C’est donc un domaine où les effets positifs d’un changement de mode de vie peuvent être visibles relativement vite. »
Sexualité et sommeil : des alliés inattendus
Autre facteur souvent négligé : la fréquence des rapports sexuels.
« Certains couples, en parcours de fertilité, réduisent les relations à la période supposée féconde de la femme. Mais pour que les spermatozoïdes se renouvellent, il faut avoir une sexualité régulière, en dehors de la « fenêtre fertile » », explique Virginie Rio.
Le sommeil est également essentiel : un manque de sommeil chronique ou un rythme irrégulier peut perturber la production de testostérone. Une étude publiée dans Environ Int (Chen et al., 2020) montre que les hommes dormant moins de 6 heures par nuit ont une concentration spermatique réduite de 25 % par rapport à ceux dormant 7 à 8 heures.
Le sport : ni trop, ni trop peu
« Le sport modéré est un excellent moyen de stimuler la fertilité. Mais les pratiques intensives ou de longue endurance (marathon, triathlon) peuvent au contraire l’affaiblir », prévient Virginie Rio.
« Je faisais de la muscu tous les jours, et je prenais des boosters testostérone achetés en ligne. Mon médecin m’a fait arrêter tout ça. J’ai remplacé par du vélo, de la marche et du yoga. Ça m’a fait du bien, sur le plan mental aussi… », explique Jonathan, 28 ans, suivi pour oligospermie.
Attention aux IST et aux perturbateurs endocriniens
Derniers éléments cruciaux : la prévention des infections sexuellement transmissibles (en particulier la chlamydia, souvent silencieuse mais pouvant obstruer les canaux déférents) et l’exposition aux perturbateurs endocriniens.
Cela passe par :
- L’utilisation de préservatifs
- Des bilans réguliers en cas de doute
- Une attention portée aux produits ménagers, cosmétiques, emballages plastiques
- Le choix de produits portant les labels sans substances « reprotoxiques »
Ne pas attendre trop longtemps
Même si les hommes produisent des spermatozoïdes toute leur vie, la qualité n’est pas constante : le risque de mutations génétiques augmente avec l’âge. Selon une étude publiée dans Nature (Kong et al., 2012), le nombre de mutations dans l’ADN transmis par le père double tous les 16,5 ans.
« On pense souvent qu’on a « le temps ». Mais quand on a essayé pendant deux ans sans succès, j’ai pris conscience que mon âge comptait aussi. J’ai 44 ans et je regrette de ne pas m’être posé la question plus tôt », confie Frédéric, aujourd’hui en parcours de don de sperme.
A lire aussi :
Fertilité : il faut apprendre aux jeunes à en prendre soin !
Le covid 19 et le vaccin affectent-ils votre fertilité ?
La taille ça compte vraiment ! Selon une étude sur la fertilité masculine