Il est urgent de donner une voix à la misère sexuelle et affective…

Flore Cherry 30 avril 2018

Ce que l’on peut apprendre de la communauté des « Incels », ces hommes délaissés du marché de la séduction qui détestent les femmes.

Alek Minassian, isolé, désespéré et criminel

Il s’agit d’un attentat hors-norme qui ne se cache pas derrière une religion. Ou si, la misogynie.
Alek Minassian, un jeune étudiant de 25 ans a tué 10 personnes et en a blessé 15, le 23 avril à Toronto, au volant d’un véhicule-bélier.

Il a agi pour le compte des « Incels », les célibataires involontaires, une communauté composée d’une dizaine de milliers d’hommes frustrés et en colère, mis de côté sur le marché de la sexualité et de la séduction, qui partagent régulièrement leurs réflexions sur des forums de discussion.

Et s’ils se sentent mis à l’écart par la société, ils trouvent refuge auprès d’une fratrie soudée prônant une idéologie dans laquelle le système mérite d’être bousculé. Leur message est violent, en particulier envers les femmes, et leurs techniques recoupent la promotion du viol, de jets d’acide au visage ou encore l’étude des attentats de masse.

Nous parlons ici de milliers de personnes qui individuellement, et sans se connaître, ont choisi d’adopter ce vocabulaire haineux, une conception brutale du monde et un repli sur eux-même en guise de bouclier.

Pas d’un seul homme isolé qui passe à l’acte, qui n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Nous parlons d’une communauté qui choisit une idéologie extrême en réponse à une souffrance invisible.

Alek Minassian, auteur de l’attentat de Toronto

.

La misère sexuelle et affective masculine n’est pas un mythe

Certains médias ont traité le sujet au-delà de l’information « brute » et ont cherché des explications à cette violence barbare, en mettant souvent à la racine du geste désespéré d’Alek Minassian la construction du mythe de la masculinité.
Slate titre « » préférant alors raisonner cette violence avec l’argument qu’ « il leur faut se conformer à des canons de virilité mouvants. »

, on essaie aussi d’expliquer le passage à l’acte d’Alek par les codes trop stricts qui entourent la masculinité :  « Selon les codes sociaux régissant ce qu’est  « un homme, un vrai », avoir des relations sexuelles est important.(…) Les incels n’arrivent pas à baiser. Mais au lieu de s’en prendre à ces codes sociaux, de réfléchir à des façons de déconstruire la masculinité, ils versent dans la violence. »

Sauf que la misère sexuelle et affective, particulièrement masculine, n’est pas un « mythe à déconstruire », c’est une réalité.
Une réalité qui fait souffrir (vraiment) et qui tue – les innocents parfois – mais le plus souvent, les principaux concernés.

sont commis par des hommes dont le motif principal reste l’isolement social et la solitude.
Si certains choisissent la violence, comme Alek Minassian, pour alléger leur souffrance, d’autres choisissent leur propre mise à mort.

En 2018, à l’heure où les magazines de psychologies parlent de « baby blues », de « burn-out » ou de « dépression » de façon décomplexée, la « misère sexuelle et affective masculine » n’est toujours pas traitée de façon sérieuse. Alors qu’il devient urgent de l’accompagner !

De nouveaux discours pour en finir avec la misogynie

Si les articles traitant des « Incels » parlent à juste de titre de misogynie, il faut alors la comprendre comme une mauvaise conséquence de la misère sexuelle et non pas une cause. Comme un discours extrémiste face à une souffrance profonde, qui viendrait panser des blessures avec une haine anarchique bienvenue.

Il nous faut d’urgence accepter que certains hommes (et femmes dans une moindre mesure) se retrouvent dans une misère affective et sexuelle (et ne nous inquiétons pas, tous n’ont pas envie de foncer dans la foule au volant d’une voiture, certains sont polis et civilisés) – qu’il est nécessaire de les soutenir dans des communautés organisées plus intelligentes, bienveillantes et inclusives que les « Incels ».
En particulier, à l’heure de la prise de conscience contre le harcèlement sexuel, créer un débat sain et apaisé autour de ces sujets nous semble devenir de plus en plus prioritaire.

Toutes les souffrances sociales se valent et méritent d’être étudiées, même si certaines sont plus difficiles que d’autres à regarder en face.

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(Image à la une : Getty Images)

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Flore Cherry

Flore Cherry

Journaliste, blogueuse et organisatrice d'événements dans le milieu de l'érotisme, je suis une jeune fille cul-rieuse qui parle de sexe sans complexe (et avec une pincée d'humour, pour que ça glisse mieux !)

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